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Mériem Derkaoui s’insurge contre le énième report de la ligne 12

publié le 28 janvier 2019

Laurent Chassagne, le chef de projet de la RATP, nous l’avait assuré : « Nous avons de très bons rapports avec la Mairie. »
Pas tant que ça apparemment…
Le 19 septembre dernier, dans un communiqué de presse, la RATP annonce la nouvelle date de mise en service des stations Aimé Césaire et Mairie d’Aubervilliers de la ligne 12 : décembre 2021,
«  hors aléas significatifs supplémentaires ». C’est l’onde de choc. Le soir même, en
ouverture du Conseil municipal, Madame la Maire, Mériem Derkaoui, annonce, de son côté, « le boycott de la Municipalité dans l’ensemble des instances de concertation avec la RATP ».
Et s’insurge. La gravité de l’annonce et la manière dont elle a été faite, sans un mot pour la population, ont choqué les Albertivillarien.ne.s.
Mais, pour la Mairie, c’est l’arbre qui cache la forêt… « Qui peut croire qu’il n’y
a aucune erreur commise par l’ensemble des acteurs du projet depuis le début du
chantier ?
 », s’interroge la Maire. Un chantier qui dure depuis six ans et que
les habitant.e.s subissent.

Un chantier qui accuse des retards à répétition. Après le grand rassemblement de contestation du 9 avril dernier et l’interpellation d’Élisabeth Borne, ministre des Transports et ex-présidente de la RATP, restée sans réponse, la Municipalité est contrainte de frapper un grand coup pour être enfin entendue. Mériem Derkaoui en appelle désormais « au chef de l’État Emmanuel Macron afin de débuter [un] audit indépendant », mais veut surtout rappeler que toutes et tous les maires de France ont encore le pouvoir, voire le devoir, de maîtriser l’aménagement de leur territoire.
C’est « dans cet esprit que j’ai décidé de bloquer tous les permis de construire qui
appartiennent à l’État et principalement au Fort d’Aubervilliers
 », déclare la Maire de la
Ville.
Une décision qui sera levée dès qu’une prise en charge financière des préjudices subis sera effective. Puis la Maire enfonce le clou : « Nous, la Municipalité et les collectifs d’usagers, n’attendons plus la gratuité, car nous allons nous-mêmes
l’appliquer.
Désormais, nous n’utiliserons plus aucun ticket dans le 512 qui n’est pas
une ligne de bus régulière, mais une navette temporaire.
 »
Elle encourage également « les associations, les collectifs de riverain.e.s, les commerçant.e.s, l’ensemble des Albertivillarien.ne.s à déposer plainte pour le préjudice subit depuis des années ».
Il est clair que la ville d’Aubervilliers n’accepte plus d’être « oubliée » et exige,
poing sur la table, d’être « traitée à égalité avec les autres villes d’Île-de-France ».

Céline Raux-Sammaan

Un chantier qui se visite, mais qui avance au ralenti

Sur l’avenue Victor-Hugo, règne un mélange de colère, de ras-le-bol et de fatalisme. C’est le lieu même de toutes les tensions. Là où se déroulent les travaux du prolongement de la ligne 12. Un tronçon de 1,5 km qui fait beaucoup de bruit, dans tous les sens du terme.
Du trottoir, il a fallu descendre sous terre pour tenter de comprendre ce qu’il s’y passait.
La visite d’un chantier est toujours impressionnante. Casque, bottes, gilet, lunettes de protection, bouchons d’oreilles, il faut tout d’abord s’équiper.
Sans oublier le badge autour du cou qui permet d’accéder aux zones sécurisées, mais aussi de nous localiser au cas où… un effondrement aurait lieu.
C’est là que, secrètement, on espère que la RATP maîtrise enfin sa technique de congélation, celle qui est la cause du nouveau retard de la livraison des stations Aimé Césaire et Mairie d’Aubervilliers (voir cicontre). L’explication, au milieu des engins, des gravats, du bruit, a l’allure d’un cours magistral donné à des élèves un peu lents à la détente.

Un sol trop instable
Valérie Doré-Roqueta, directrice du projet pour Vinci Construction, vient à la rescousse de façon plus ludique : « Imaginez une boîte à chaussures et un rouleau de Sopalin… »
Pas facile effectivement de comprendre toutes les nuances des « difficultés techniques » rencontrées par la RATP quand on n’a pas fait une école d’ingénieurs. En clair, le sol est trop instable pour pouvoir creuser.
Une solution a été trouvée : le congeler, avec de la saumure, puis de l’azote liquide. « C’est une première en France de rencontrer un tel problème sur un chantier, précise une porte-parole de Vinci Construction. On pense que l’on peut tout savoir de la composition des sols avant de creuser, mais c’est faux », ajoute-t-elle.
Or, Aubervilliers ferait les frais de cette « toute première fois » et de cette découverte que la Ville considère plus que tardive. À la question de savoir si davantage de moyens financiers auraient pu accélérer le travail des ingénieurs pour résoudre de tels « problèmes techniques », elle rétorque :
« Aucun argent supplémentaire n’aurait pu y changer quoi que ce soit. » Il aurait été intéressant qu’une commission d’experts indépendants puisse aussi répondre à cette
question.
Le côté technique étant apparemment réglé, qu’en est-il de la nouvelle date de livraison?
« Étant donné toutes les difficultés que nous avons rencontrées, je ne mettrai pas ma tête à couper quant à la date annoncée », confie un dirigeant du constructeur. Il est à espérer que la Ville sera informée, en temps et en heure, des éventuels « aléas significatifs supplémentaires ». C. R.-S

A quand le bout du tunnel ?