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Aubervilliers 2030 ? C’est déjà maintenant !

publié le 2 janvier 2018 (modifié le 13 septembre 2018)

Les orientations proposées par cette étude – l’objet est dans le titre – commandée par la municipalité méritaient que l’on s’y attardât et y revînt pour l’éclairage d’un plus grand nombre d’habitants.
Vite fait, Aubervilliers 2030 c’est quoi, madame l’urbaniste ? « C’est un projet d’orientations pour le XXIe siècle. C’est l’idée que d’avoir un projet pour la ville permet de ne pas être ballotté par la métropolisation, par le réchauffement climatique, par les transformations du monde du travail : c’est prendre son destin en main, résume Catherine Tricot, en charge de l’Agence Catherine Tricot qui a livré pareille somme de recommandations au terme de longs mois de travail. Il fallait tout de même un peu d’audace pour initier cette étude. Aubervilliers le fait, les autres – hormis les grandes villes comme Paris ou Bordeaux – ne le font pas ! Pour exploiter au maximum ses capacités de pouvoir, tant au plan politique qu’en termes de mobilisations des habitants et des associations, il faut avoir un projet. »
De l’audace, et des principes directeurs imposés par la municipalité à l’urbaniste en conformité avec les engagements pris lors des rencontres citoyennes de 2016.
Les propositions contenues dans Aubervilliers 2030 posent ainsi in fine « les bases d’une ville pour toutes et tous, en gardant son caractère d’accueil tout en permettant à celles et ceux qui y vivent d’y rester et de poursuivre leur projet de vie », résume Mériem Derkaoui, la maire.

Un projet audacieux : en 2030, une ville pour toutes et tous

Le document – bientôt en ligne sur aubervilliers. fr – tout en mettant à jour le niveau d’informations et connaissances accumulées sur Aubervilliers, dessine les perspectives de ce que pourrait être, en premier lieu « une ville accueillante »…
Bien sûr, on ne part pas de rien et tout l’avant-propos historique d’Aubervilliers
2030 aura fait valoir quelques atouts, en matière d’infrastructures, d’équipements et
de transports disponibles ou à venir (Campus Condorcet, lignes 12 et 15), quelques
avantages «  physiques » aussi : une trame urbaine simple et lisible qui autorise repérages et déplacements faciles, un espace plat pourvu en son milieu d’un centre-ville « facilement accessible à pied de tout point du territoire communal », indique-t-on ici.
De ce socle, il est proposé de « conforter l’unité de la ville » en la reliant avec ses voisines – ici d’est en ouest, avec Saint-Denis et Pantin – selon une « rue des Citoyens » (une ligne redessinée Landy, Moutier, Réchossière se poursuivant par le sud du Fort d’Aubervilliers) : une rue dont l’identité sera participative, « il faudra mettre des outils à disposition des habitants pour qu’ils puissent planter, décorer cette rue et qu’elle soit à leur image », explique Catherine Tricot. Seconde liaison sur le même axe, une « rue des jardins » qui emprunte la rue Danielle Casanova depuis le Fort, la Maladrerie et qui formerait une grande continuité paysagère beaucoup plus plantée qu’elle ne l’est aujourd’hui, non pas à l’alignement « mais dans une ambiance de jardin ».
L’étude préconise en troisième lieu de tracer une « rue de la culture et des savoirs pour relier le Campus Condorcet aux théâtre, piscine, médiathèque, cinéma, conservatoire et collèges. »

Des rues longues, un centre-ville élargi et des micro-centralités

Aubervilliers accueillante selon l’étude, c’est une ville qui a redécouvert son canal
et s’y est raccordée, qui aura procédé à l’établissement d’un chapelet de places et
jardins pour animer l’avenue de la République, cf. l’engagement n°20 de la municipalité : Priorité de la place des femmes dans l’espace public par l’amélioration de l’espace public et une plus grande fréquentation.
Et le centre-ville ? Catherine Tricot propose de l’élargir, sans démolir ? : « Il s’agit
d’un élargissement d’usage. Il faut imaginer que les rues du centre-ville soient plus
largement piétonnisées, plus confortables, mieux éclairées avec peut-être un mobilier
qui les unifie.
Aujourd’hui, on se le représente surtout comme la place entre la mairie et l’église : il faut que l’on ait un traitement de tout l’espace qui va vers le théâtre et qui court ensuite vers le canal, que tout cela soit rassemblé par un réaménagement qualitatif, végétalisé, piétonnisé.
C’est cela qui donnera le sentiment que tout cela appartient au même ensemble sans démolitions, ce qui suppose tout de même des travaux conséquents. C’est un projet ambitieux qui ne se limite pas à ne mettre que de la signalétique !
 »
Ainsi peut-on résumer l’idée-force du projet avec ses rues longues, son centre-ville élargi et ses « micro-centralités » : « Dans l’environnement proche d’un habitant, il y a souvent une école. Je suggère qu’il y ait une place à son entour, un petit square, deux-trois commerces de proximité et qu’on y trouve un lieu de vie partagé où on recyclerait ses vieux objets, boirait un coup, il y aurait peut-être aussi un
bout de jardin partagé… des activités différentes rassemblées autour d’un espace public proche de son lieu d’habitation.
 »
Bien sûr une large partie d’Aubervilliers 2030 (qu’on ne développe pas ici), précise
les orientations pour combattre le réchauffement climatique : planter fleurs et arbres, créer des squares – engagement municipal n°6 Planter 500 arbres en 10 ans – étendre la nature ordinaire depuis les pavillons, « Faut vraiment y aller comme des
bêtes, il faut planter, planter, planter !
 »… réduire l’empreinte carbone de la ville, promouvoir les circuits courts et le recyclage, les transports en commun et les
circulations douces…
Enfin, « on n’est pas une ville qui compte dans le monde en dehors d’un certain nombre d’habitants, en dehors d’un pouvoir économique, certes, mais aussi en dehors
d’un pouvoir symbolique. C’est cela que raconte l’étude de Philippe Panerai (architecte urbaniste) sur les quatre grandes villes-monde
 », argumente Catherine Tricot.
Pour compter dans la métropole, Aubervilliers 2030 préconise de conserver
le tissu faubourien hérité du passé, de retrouver « la belle avenue des Quatre-Chemins, ces Champs Elysées de la banlieue » : élargir les trottoirs, rétrécir la voie véhicules, c’est possible d’autant que cette avenue doit bénéficier d’investissement dans la perspective des Jeux Olympiques de 2024 dont le pôle presse sera installé au
Bourget (une avenue Jean-Jaurès en boulevard « olympique » plantée et… franchissable).
Si, évidemment, les programmations futures au Fort d’Aubervilliers, l’arrivée du Campus Condorcet et la valorisation du canal s’inscrivent dans cette thématique de pôle d’importance, l’aménagement de la Porte de la Villette – 44 hectares, plus largement sur Paris qu’Aubervilliers – figure comme un enjeu déterminant. Paris lancera d’ailleurs en mars prochain une étude urbaine en ce sens.
« Il faut prolonger jusqu’à la porte de la Villette l’héritage du passé, c’est moderne
d’habiter et de produire en ville, ça évite de sur-utiliser les transports et donne de l’emploi.
On aurait là un endroit mixte
, argumente Catherine Tricot.
Ensuite, il faut une continuité avec Paris en retraitant l’avenue Jean Jaurès et en créant une nouvelle station de métro à la sortie du marché Magenta. Voilà qui transformerait la vie de tout le monde ! »
Pour celles et ceux qui souhaitent en savoir davantage, Aubervilliers 2030 fera
l’objet d’une exposition et d’une présentation dans les conseils de quartier.

Eric Guignet